Vendredi soir, 22h30. Je lance une impression multicolore sur l’Anycubic Kobra 3 en me disant que demain matin, j’aurai un joli modèle à montrer aux collègues du labo. Spoiler : le lendemain, j’avais surtout un beau plat de spaghetti PLA sur le plateau. Alors, cette Kobra 3, vraie bonne affaire ou machine à frustrations ? Je te donne mon avis après plusieurs semaines d’utilisation et un bon paquet d’heures d’impression au compteur.
EN BREF
L’Anycubic Kobra 3 est une imprimante 3D multicolore proposée à un tarif agressif, capable de très bons résultats en monochrome et de performances correctes en multicolore une fois bien réglée. Elle n’est pas exempte de défauts, notamment sur l’adhérence au plateau et la gestion du changement de filament, mais pour son prix, elle reste une option sérieuse à condition d’accepter de mettre les mains dans le cambouis.
L’Anycubic Kobra 3, c’est quoi exactement ?
L’Anycubic Kobra 3 est la réponse d’Anycubic à la vague des imprimantes multicolores accessibles, dans la lignée de ce que Bambu Lab a lancé avec l’A1. On parle ici d’une imprimante FDM capable d’imprimer jusqu’à 8 couleurs grâce au système ACE (Anycubic Color Engine), un module de changement de filament automatique vendu en combo ou séparément.
Concrètement, ça veut dire quoi ? Ça veut dire que tu peux imprimer des pièces en plusieurs couleurs sans intervenir manuellement pour changer la bobine. Le système purge l’ancienne couleur, charge la nouvelle, et c’est reparti. Sur le papier, c’est séduisant. En pratique, c’est un peu plus nuancé, j’y reviendrai.
Côté specs, on est sur un volume d’impression de 250 × 250 × 260 mm, une vitesse max annoncée à 500 mm/s, un nivellement automatique et un plateau chauffant magnétique PEI. L’ensemble est proposé à un tarif nettement inférieur à la concurrence directe, et c’est clairement son argument principal.
Déballage et premières impressions : plutôt convaincant
Je dois reconnaître que la mise en route m’a agréablement surpris. Le montage est rapide (une vingtaine de minutes si tu ne traînes pas), la documentation est correcte, et la première impression test en monochrome est sortie propre, sans rien toucher aux paramètres par défaut.
C’est un point que j’ai retrouvé dans beaucoup de retours d’utilisateurs : en monocouleur, la Kobra 3 fait le job dès la sortie du carton. Un utilisateur débutant qui vient d’acquérir sa première imprimante rapportait 75 heures d’impression et 39 prints en quatre jours avec très peu d’échecs, tous liés à des erreurs de paramétrage de sa part. Un autre affichait fièrement plus de 1000 heures sur sa V1 sans souci majeur. On est loin d’une machine inutilisable.
Cela dit, ne te fais pas avoir par l’enthousiasme des premiers jours. C’est après quelques dizaines d’heures que les vrais caractères d’une imprimante se révèlent.
Le multicolore : ça marche, mais il faut s’accrocher
C’est là que les choses se compliquent. Le système ACE fait son travail, mais il est capricieux. Le changement de filament provoque régulièrement des bourrages, surtout avec certains types de PLA (le PLA mat semble particulièrement problématique, plusieurs utilisateurs remontent ce souci). Le volume de purge par défaut est élevé, ce qui génère beaucoup de déchet à chaque changement de couleur.
J’ai aussi noté un problème avec le nettoyage de buse lors du passage entre matériaux différents. Si tu imprimes en PETG puis que tu passes au PLA, la température de nettoyage automatique (environ 170°C) n’est pas suffisante pour éliminer les résidus de PETG. Il faut chauffer manuellement à 260°C, essuyer, puis relancer. C’est pas dramatique, mais c’est le genre de détail qui montre que le firmware n’est pas encore totalement au point.
Pour du multicolore PLA sur PLA, une fois les réglages de purge ajustés (passer de 1.0 à 0.7 et activer la tour de purge, par exemple), les résultats deviennent tout à fait corrects. Mais il faut accepter cette phase de tâtonnement.
Le plateau chauffant : le point faible récurrent
Si je devais pointer un défaut principal sur l’Anycubic Kobra 3, ce serait l’adhérence au plateau. C’est le grief le plus fréquent que j’ai croisé, et je l’ai moi-même expérimenté. Des pièces qui se décollent en cours d’impression, du warping sur les grandes surfaces, un nivellement qui semble correct mais qui ne tient pas dans la durée.
Plusieurs explications possibles. Certains plateaux semblent légèrement déformés en sortie d’usine (un problème connu chez Anycubic, il faut être honnête). La déviation peut atteindre 0,75 à 1 mm dans les cas défavorables, ce qui est trop pour un nivellement automatique seul. D’autres utilisateurs ont résolu le problème en ajoutant des ressorts de silicone sous le plateau ou simplement en utilisant de la colle (oui, de la bonne vieille colle en stick, on ne réinvente pas la roue).
L’environnement joue aussi énormément. Imprimer dans une pièce à 8°C sans enceinte, c’est chercher les ennuis avec n’importe quelle imprimante. Un simple pare-courants d’air peut transformer l’expérience.
V1 vs V2 : une évolution timide
La Kobra 3 V2 est sortie en promettant des améliorations. En réalité, les différences sont minces : un rail Y légèrement plus large, des roulements améliorés sur l’axe X, et la possibilité d’imprimer 8 couleurs (que la V1 a aussi reçue via mise à jour firmware). Le reste, ce sont des mises à jour logicielles communes aux deux versions.
Concrètement, ça veut dire quoi ? Ça veut dire que si tu trouves une V1 à bon prix, elle fera sensiblement la même chose qu’une V2. Et ça veut aussi dire que ceux qui espéraient des corrections matérielles majeures ont été déçus. Plusieurs utilisateurs qui sont passés de la V1 à la V2 confirment : c’est fondamentalement la même machine.
Je comprends la frustration de ceux qui se sentent « beta testeurs » pour les marques. C’est un sentiment partagé dans toute l’industrie, pas uniquement chez Anycubic. Les cycles de développement sont trop courts, et les machines sortent avant d’être parfaitement au point. C’est un fait.
Comparaison avec la concurrence : honnêteté oblige
Impossible de parler de l’Anycubic Kobra 3 sans évoquer la Bambu Lab A1. L’A1 est plus polie, plus fluide, avec un écosystème logiciel plus mature. Le nettoyage de buse fonctionne mieux, le changement de couleur est plus fiable. C’est un fait que je ne vais pas maquiller.
Mais la Kobra 3 en combo (imprimante + ACE + sécheur de filament) coûte significativement moins cher que l’A1 avec son AMS. Et elle offre un volume d’impression plus généreux. Pour quelqu’un qui veut entrer dans le multicolore sans exploser son budget, c’est un argument qui compte.
Il y a aussi la communauté. Le firmware alternatif Rinkhals, développé par des passionnés, apporte des améliorations notables que le firmware officiel tarde à implémenter. C’est un atout non négligeable si tu n’as pas peur de bidouiller un peu.
Un jour, j’ai imprimé une attelle sur mesure pour mon chien après une entorse. Le véto a tellement aimé le résultat qu’il m’a demandé si je pouvais en faire d’autres pour ses patients. Ce genre de projet fonctionnel, la Kobra 3 le gère sans broncher en monocouleur. C’est quand on pousse vers le multicolore que la patience devient une compétence nécessaire.
Les erreurs à éviter
Ne juge pas cette imprimante sur tes deux premiers jours d’utilisation. Les premières impressions mono sortent souvent bien, mais les vrais défis arrivent après. Laisse-toi le temps de comprendre la machine.
N’ignore pas l’environnement d’impression. Une pièce froide ou des courants d’air ruineront tes prints, quelle que soit l’imprimante. Un simple carton autour de la machine peut suffire dans un premier temps.
Ne laisse pas les réglages par défaut du slicer pour le multicolore. Ajuste la purge, active la tour de purge, et teste avec des modèles simples avant de lancer un projet complexe.
Ne néglige pas le nettoyage de la buse entre les matériaux. Un passage PETG vers PLA sans nettoyage manuel à haute température, et ton nivellement sera faussé.
Ne te fie pas uniquement aux avis extrêmes. Les retours catastrophiques comme les retours dithyrambiques racontent rarement toute l’histoire. La réalité de la Kobra 3 est entre les deux.
Conclusion — ce que tu dois retenir et faire
L’Anycubic Kobra 3 n’est ni la pire imprimante du marché, ni la meilleure. C’est une machine au rapport qualité-prix attractif qui demande un investissement personnel pour en tirer le meilleur. En monocouleur, elle se défend très bien. En multicolore, elle exige de la patience et des ajustements.
Si tu cherches du plug-and-play parfait et que ton budget le permet, la Bambu Lab A1 reste un choix plus confortable. Mais si tu es prêt à apprendre, à ajuster, à comprendre ta machine, l’Anycubic Kobra 3 peut devenir une alliée redoutable pour un investissement bien moindre.
Mon conseil : achète-la en combo, prends le temps de régler ton plateau, installe Rinkhals, et donne-lui au moins deux semaines avant de te faire un avis définitif.
Le mot de la fin : L’Anycubic Kobra 3, c’est l’imprimante de ceux qui aiment comprendre comment les choses marchent. Elle n’est pas parfaite, mais elle récompense ceux qui font l’effort. Et entre nous, c’est un peu ça l’impression 3D.
EN RÉSUMÉ
L’Anycubic Kobra 3 offre un excellent rapport qualité-prix pour qui accepte de dépasser la phase de réglages initiaux. Solide en monochrome, perfectible en multicolore, elle s’adresse à ceux qui veulent apprendre autant qu’imprimer. Avec les bons ajustements et un peu de persévérance, elle a largement sa place dans un atelier.








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